vendredi 16 juin 2017

Andalousie : la Sierra de Grazalema et ses villages blancs


On ne peut qu'être séduit par les "villages blancs" de la Sierra de Grazalema, en Andalousie.
Nous y étions en mai dernier.

Andalousie


Lors de notre périple andalou, notre séjour dans la Sierra de Grazalema fut (bien trop) bref, mais nous avons étés subjugués par les paysages spectaculaires de cette Sierra, et en particulier par les villages de Grazalema et de Zahara de la Sierra, situés sur la Route des Villages Blancs, qui parcourt de nombreuses communes de la Province de Cadiz.

le Parque Natural de la Sierra de Grazalema

Ces villages spectaculaires sont situés à flanc de montagne, au bord de falaises abruptes ou au fond des vallées.
Cette position privilégiée et la blancheur de leurs maisons peintes à la chaux en font de magnifiques buts de visites.

Grazalema, situé en plein coeur du Parc offre au visiteur une beauté de paysages, une authenticité et un charme fleuri, qui en font un lieu de visite incontournable.



Grazalema


Le village est construit sur les flancs de la Sierra del Endrinal, à 800m d'altitude et est dominé par le Peñon Grande.

Le village, qui a souffert d'un exode rural vers Cadiz au début du XX° siècle voit sa population augmenter à nouveau : les moins de vingt ans représentent 20% des résidents.

A noter que l'écrivain anglais J. A. Pitt-Rivers s'installa à Grazalema en 1948 pour écrire son étude "The people of the Sierra", une étude anthropologique des communautés rurales de cette région (publiée en 1954 à Londres).


Cette étude d'une petite communauté, close sur elle-même et très jalouse de son individualité, éclaire d'une vive lumière les idées reçues sur le particularisme des Espagnols, et en fait apercevoir une des racines profondes.

Grazalema
Grazalema

L'Eglise Santa Maria de la Mesa (XVIII°)
à Zahara de la Sierra

Zahara de la Sierra
Zahara de la Sierra.
Vue depuis le Château sur le lac artificiel

Le Parque Natural de la Sierra de Grazalema (51 600 ha) est un espace naturel situé au NE de la Province de Cadiz, et une Réserve de Biosphère reconnue par l'Unesco depuis 1977.

Sur les hauteurs de Grazalema

C'est l'une des montagnes les plus abruptes de la géographie andalouse. On y trouve des parois de 400m de haut, des canyons et des systèmes de dolines dues à la nature karstique des roches.

On y trouve une faune (chamois et rapaces) et une flore spécifiques. 

Nous avons en effet aperçu des rapaces dans les environs  (vautour fauve, aigle royal, faucon pèlerin).

Rapace à Grazalema

On y trouve en particulier le pinsapo, une espèce botanique rare, un pin relique de l'ère tertiaire, au feuillage bleuté, poussant à 1000m d'altitude.

Le Parc se situe face à l'océan comme une gigantesque muraille saupoudrée de ses petits villages blancs.
Il reçoit les orages qui viennent de l'Atlantique et est de ce fait le massif le plus pluvieux de la péninsule ibérique.

Ce Parc est un paradis pour les randonneurs.

Et même sans avoir randonné cette fois-ci (regrets!...) quel plaisir de prendre le frais devant une sangria locale (peu alcoolisée, de fait)...

Sangria andalouse
 ... et de laisser le temps s'écouler lentement...

vendredi 9 juin 2017

Méditation à la Grande Mosquée de Cordoue


La Grande Mosquée de Cordoue (La Mezquita) n'est plus exactement une Mosquée, mais une Mosquée-Cathédrale. Voir ici.

Elle est située tout à côté du Guadalquivir (Le "grand fleuve", en arabe, fleuve qui passe également à Séville).

Vue aérienne de la Mezquita et de la Cathédrale
insérée curieusement en son milieu
Vue d'une (toute petite) partie
de l'enceinte de la Mezquita

Nous y étions très précisément le 29 mai dernier, à l'occasion d'un périple magique d'une dizaine de jours en Andalousie.

Cordoue (ici) fut une ville de tolérance, de fusion des cultures, d'harmonie réussie entre les peuples et les religions : musulmans, juifs et catholiques y vécurent longtemps dans un accord presque parfait.

L'Alcazar de Cordoue

Cette tolérance amena une expansion formidable de la ville qui comptait au X° siècle un million d'habitants, ce qui en faisait la plus grande ville d'Europe!
Les grands esprits du Moyen-Âge y affluèrent.

Certains y sont même nés, comme Maïmonide et Averroès...


Maïmonide (1138-1204)

Averroès (1126-1198)

En pénétrant dans l'ensemble monumental exceptionnel de la Mezquita - le monument islamique le plus important d'Occident - c'est peu dire que nous avons reçu un coup à l'estomac, que nous sommes restés cloués au sol, bouche bée,  par la vision de ses 854 colonnes, mais pas que !


Nous venions de pénétrer dans l'un des monuments les plus singuliers au monde, témoin de l'alliance millénaire entre l'art et la foi : un joyau architectural d'une incomparable pureté.

L'architecture islamique exceptionnelle, avec ses nuances hellénistiques, romaines et byzantines se fusionne avec la chrétienté dans une de ses expressions les plus belles.

A l'intérieur de cet ensemble monumental, entre son impressionnante forêt de colonnes, arches et coupoles, nous découvrons des oeuvres d'art absolument splendides, témoins des empreintes des siècles passés.


Les touristes, comme nous, y affluent - en majorité des français - attirés par tant de richesses architecturales et spirituelles, mais l'ensemble est tellement immense et dégage une telle puissance que l'on s'y sent seul, dans un environnement propice à la méditation.



Ce qui est étonnant, et qui contribue au choc ressenti, c'est la perception immédiate du fait que tous ceux qui ont admiré par le passé la beauté de ce que fut la Grande Mosquée omeyyade d'Occident ont immédiatement eu à coeur de la préserver.

De nos jours, la Grande Mosquée préservée, devenue Cathédrale expose à tous les regards et à tous les coeurs la grandeur de son histoire : celle-ci démarre par un temple romain,  une basilique wisigothe, déborde dans la splendeur califale, culmine avec l'art de la Renaissance, du Gothique et du Baroque...

La Chapelle catholique implantée au milieu de la Mosquée par Charles Quint
qui  regretta par la suite d'avoir nuit à l'harmonie
d'un ensemble unique au monde...

Nous nous sommes trouvés non dans une relique du passé, non dans un Musée, mais dans un lieu sacré ouvert au monde entier.

Cet ensemble monumental de la Mezquita fut consacré comme Cathédrale en 1236.

La beauté singulière de la Mezquita nous a plongés immédiatement dans un calme étonnant, pénétrés que nous étions par la puissance d'un ensemble monumental vivant, transformé au fil des siècles par des hommes de cultures et de religions différentes.

C'est comme si nous avions eu accès à la contemplation immédiate du sacré.

La Basilique wisigothe Saint Vincent initiale date de la moitié du VI° siècle.
Elle fut construite sur un temple romain, le Temple de Janus.

Abderrahmane I fit construire sur cet emplacement la Mosquée primitive en 786-788.
Le bâtiment présente 11 nefs perpendiculaires.

La période de prospérité vécue sous le règne d'Abderrahamane II nécessite l'ajout de 8 nouvelles nefs.


Plus tard, en 951, Abderrahmane III entreprit la construction du minaret de 40 m, qui servit d'inspiration pour les minarets de Séville et de Marrakech.

Le Minaret-Clocher de la Mezquita
Le second agrandissement, sous Al-Hakam II, en 962 fut le plus créatif de tous.
Douze nouveaux tronçons sont ajoutés vers le sud...

Depuis la conquête de Cordoue en 1236, par Ferdinand III de Castille, la Mosquée a été consacrée au culte catholique et en 1489, commence la construction d'une grande chapelle.
Ce processus constructif sera poursuivi par Hernan Ruiz I, qui intègrera  les nefs califales à la Cathédrale catholique.

La forme de ce transept confère à l'ensemble une image de verticalité, alors que les nefs de la Mosquée se sont étendues horizontalement, dans une exceptionnelle forêt de piliers.

Ne pas oublier de flâner dans la belle "Cour des Orangers", ancienne cour musulmane des ablutions.

La Cour des Orangers
Son aspect actuel est du à l'intervention de l'Evêque Francisco Reinoso, qui fit planter des orangers alignés sur les colonnes de la salle des prières.

En juin 2014, la Mezquita de Cordoba est passée au rang de Valeur Universelle Exceptionnelle, en reconnaissance du fait que l'utilisation religieuse au fil des siècles a assuré la préservation du Monument.