mercredi 24 février 2010

Du blues de mère en fille : de Dee Dee Bridgewater à China Moses

Hier soir, excellente soirée à Mulhouse, à La Filature comble, pour un concert unique, dans tous les sens du terme.

China Moses et Raphaël Lemonnier Quintet.
J'étais à priori curieux et impatient d'entendre la fille de la diva du jazz Dee Dee Bridgewater, (que j'avais eu la chance de pouvoir écouter en live) et du réalisateur Gilbert Moses.

China Moses était déjà précédée par une réputation de chanteuse de blues formidable.

Eh bien, pas déçu du tout, bien au contraire : enthousiaste!

Le concert s'intitulait : "This One's for Dinah" et était un hommage à une autre diva du blues, Dinah Washington.

Surnommée "The Queen of the blues", Dinah Washington a été une figure marquante des années 50-60, de la même "trempe" que Ella Fitzgerald et Sarah Vaughan.

Douée d'un talent fou et de qualités artistiques exceptionnelles dans les styles gospel, jazz, variétés, elle marquait ses apparitions par son caractère extrême et excessif.

Elle a fini par mourir prématurément à 39 ans après une vie mouvementée et tumultueuse et un destin exceptionnels.
Un parc public à Chicago porte d'ailleurs son nom.

China Moses, et Raphaël Lemmonier, pianiste et compositeur de jazz de grand talent se sont d'ailleurs rencontrés de par leur fascination commune pour Dinah Washington.

Le concert d'hier soir, mélange de grands standards et de créations originales, nous a révélé une chanteuse de blues vraiment formidable, douée d'une voix puissante, d'une personnalité et d'une présence sur scène qui ont enthousiasmé un public fervent.
En particulier en interprétant avec âme, fougue et brio les "tubes" de Dinah Washington, tels que:

"Mad about the boy" :

et "Cry me a river" :

dimanche 21 février 2010

Au Pays Dogon : les Hogons, chefs sacrés et sacrifiés ?

Le Hogon, chez les Dogons du Mali est le plus vieil homme du village... ou désigné comme tel, vu les incertitudes de l'Etat-civil.

Il habite dans une maison spécifique qui lui est réservée.

Il devient un chef religieux : c'est d'abord le prêtre du Lébé, le Serpent, qui se rend chez lui la nuit, et lui lèche le corps pour lui redonner la force de vivre, la force de la parole. C'est pourquoi le Hogon ne doit pas se laver.

Le Lébé est le premier ancêtre dogon qui, enterré au pays mandingue, ressuscita sous forme de serpent.
Le Hogon est par ailleurs contraint d'oberver certains impératifs et rituels : il ne vit plus avec sa femme, même si elle peut venir le voir, il ne peut toucher personne, doit rester assis sur le seuil de sa maison, il se fait servir ses repas par une jeune fille pubère,..

Le Hogon, un chef sacré et sacrifié?

Il accueille ses visiteurs sur le seuil de sa maison et est "assigné à résidence" dans un espace très restreint.

Un Hogon est au dessus de tous les autres, c'est le Hogon de la tribu des Arou, une sorte de roi-prêtre des Dogons.

Il a de très lourdes responsabilités : prospérité du territoire dogon, protection contre les épidémies, expansion des naissances,..

Le Hogon ne récupère de par sa fonction ni biens matériels, ni richesse quelconque, mais obtient des pouvoirs religieux, judiciaires, diplomatiques,...

Il accède aussi à la maîtrise de forces magiques et invisibles qui justifie la crainte qu'inspire ce chef religieux.

J'ai pu rendre visite au Hogon de Sangha et au "super-Hogon" d'Arou, grâce à notre guide, dogon lui-même.

J'étais transporté dans un autre monde, étant amené à respecter moi-même le rituel imposé aux visiteurs : se déchausser, ne pas marcher sur l'espace face à sa demeure, mais sur les rochers alentours, ne pas lui toucher la main,...

Je me suis trouvé à chaque fois face à un mystère vivant, impénétrable et distant, mais cependant proche, amical et souriant. J'ai senti ces deux Hogons en relation avec un monde de forces et de puissances qui m'était totalement inconnu, étranger.

Paradoxe : le Hogon vit reclus, par obligation rituelle, mais le monde entier peut venir à lui...

"A little night music" de Stephen Sondheim, au Chatelet, à Paris

Un enchantement que cette comédie musicale américaine, vue au Théâtre du Châtelet à Paris, pas plus tard qu'hier soir.

A priori, j'appréhendais un peu, n'étant pas familier du genre, au vu d'un scénario passablement compliqué et chevelu.

J'étais à vrai dire attiré surtout par Leslie Caron et Lambert Wilson.

Et puis aussi, poussé par un regret de n'avoir pu écouter de comédie musicale à Broadway , il y a bien longtemps, lorsque j'ai séjourné à New York, lors de mes années estudiantines. Alors je me suis lancé et ne l'ai pas regretté.

Stephen Sondheim, compositeur et librettiste est connu pour les paroles de West Side Story ; il nous offre un marivaudage entre couples, dans la lumière de l'été nordique et des crépuscules qui n'en finissent pas de durer ; c'est une interrogation sur la comédie de l'amour et ses détours inattendus...

Ce fut réellement un excellent spectacle, magique, enlevé, truculent, drôle, magnifiquement chanté et dansé ; belle mise en scène, décors originaux, voire féériques, avec des changements de décors astucieux.

Le tout en anglais (surtitré en français).

Lambert Wilson, parfaitement anglophone a une voix puissante et magnifique ; Leslie Caron bien qu'âgée, sait faire preuve d'une jeunesse d'expression et d'une voix absolument étonnantes.

Cette comédie musicale, inspirée du film de Bergman : "Sourires d'une nuit d'été" a été initialement produite et mise en scène à Broadway par Harold Prince.
L'action se déroule en Suède au début du siècle dernier. L'intrigue, finalement, devient parfaitement claire lors du déroulement du spectacle.

La direction musicale (Jonathan Stockhammer), la mise en scène (Lee Blakeley), les décors (RaeSmith), les costumes (Jo van Schuppen), la chorégraphie (Andrew George) et les lumières (Jenny Cane) méritent nos félicitations pour un magnifique travail qui a permis de mettre en valeur le jeu et l'expression musicale des acteurs que je ne peux citer tous ici!

Sans oublier bien entendu l'Orchestre Philarmonique de Radio France sous la direction musicale de Myung-Whun Chung.

Une très bonne soirée dans une salle du Châtelet comble, le bouche à oreille ayant fonctionné à merveille.

A noter que l'entracte m'a permis d'admirer, depuis le foyer du Théâtre, à la fois Notre Dame, la Tour Saint-Jacques, le Théâtre de la Ville et la Seine illuminés...ce qui ne gâte rien!

mercredi 17 février 2010

Franz Krajcberg, un grand artiste brésilien d'aujourd'hui!

Connaissez vous Franz Krajcberg?

Né en Pologne en 1921, Krajcberg est l'un des plus grands artistes contemporains brésiliens.

Il a été naturalisé en 1957, après une histoire atrocement mouvementée.
Il est plongé à 18 ans dans la tourmente de la seconde guerre mondiale dès l'invasion en septembre 1939 de la Pologne par les nazis.
Les nazis exécutent sa mère en prison ; emprisonné lui même, il s'enfuit, gagne Léningrad, fait des études d'ingénieur, suit les cours des Beaux arts.
Il rejoint en 1943 l'armée polonaise qui lutte aux cotés de l'Armée rouge.

A la fin de la guerre, chargé de décorations, il est chassé de son village parce que juif, et ne retourne plus en Pologne...Les siens ont disparu dans les camps.
Il tente alors de sublimer sa souffrance dans la création artistique, fréquente Fernand Léger, Marc Chagall à Paris.

Ce dernier lui conseille alors de partir au Brésil où il peint, sculpte.
Il repart à Paris, s'installe à Montparnasse et en 1964, retourne au Brésil dans l'Etat de Minas Gerais où il découvre les ravages de la déforestation contre laquelle il ne cessera de lutter.

Il tire du Brésil son inspiration mais aussi la révolte qui anime son oeuvre.

Sa démarche artistique est essentiellement liée à la nature, qui devient pour lui un immense atelier : mines du Minas Gerais pour les pigments, lianes et branches, arbres calcinés d'Amazonie qui deviennent sculptures, écorces tourmentées qui deviennent reliefs.
"J'ai choisi de me battre, de m'exprimer non plus avec la seule beauté des formes de la nature, mais avec cette nature que l'on fait mourir."

Il décide non seulement de travailler avec la nature mais de la défendre dans son art, pour le combat de toute une vie.

"Quand je vois la destruction totale de la forêt d'Amazonie aujourd'hui, quel art est-ce que je dois faire?
J'ai envie de crier.
Mais comment exprimer ce cri?
"

Franz Krajcberg continue à partager son temps entre Montparnasse et le Brésil...

Si jamais vous passez à Paris, ne manquez pas d'aller voir l'Espace Krajcberg, 21 Avenue du Maine dans le XV° arrondissement et n'oubliez pas de visionner la vidéo projetée!

dimanche 14 février 2010

Mieux qu' "Avatar" en 3D : les Dongria Kondh en Inde

Oui, malheureusement, la réalité dépasse la fiction!

J'ai fini par aller visionner le film "Avatar" en 3D, pour ne pas mourir idiot.

Je n'ai pas été déçu par la forme et le côté spectaculaire du film de Cameron.
Je me disais en sortant de la salle de cinéma que le fond était un peu schématique et simpliste...

Et bien non!
Rendez vous sur le site :

http://www.survivalinternational.org/films/mine

et vous y verrez ce qui se passe effectivement en Inde, dans l'Etat d'Orissa.

Une tribu indienne très ancienne, les Dongria Kondh, qui adorent une montagne sacrée, vont en être chassés par une compagnie minière internationale qui y a trouvé un gisement des plus prometteurs, en terme de profits : Vedanta Resources, une société basée à Londres.

Leurs forêts et leur montagne risquent d'être totallement détruits et leur peuple chassé à coups de bulldozers sans autre ménagement.

Ils en ont appelé à Cameron, pour son soutien.
Pas de réponse pour le moment...
"We will never leave our land, even if you behead us!"
Nous ne quitterons jamais notre terre, même si vous nous décapitez!

mercredi 10 février 2010

Avant les Dogons : les Tellem

Il était une fois, avant les Dogons, les Tellem : "Ceux qui étaient avant".

Ils vivaient en troglodytes dans les alvéoles et les grottes des falaises de Bandiagara déjà au XI° siècle.
Les Tellem auraient eux-mêmes chassé de ces falaises des "petits hommes à peau rougeâtre" les Andoumboulou, peut-être des ancêtres de pygmées actuels.

Les Dogons arrivèrent là vers le XIV° siècle, venant du pays mandingue, chassant donc les Tellem, dit-on, pour fuire l'islamisation et les peuls.


Les Tellem seraient alors partis vers l'actuel Burkina-Faso.
Mais il faut mettre beaucoup de conditionnels à cette histoire.
Il y a certainement eu cohabitation pendant un certain temps.
En tout cas, la sécheresse, la famine et les maladies ont précipité leur disparition.

Les anciennes habitations des Tellem, haut perchées dans la falaise, me sont apparues comme très difficilement accessibles ; elles servent actuellement de lieux de sépultures aux Dogons, qui hissent leurs morts dans ces anfractuosités de rocher à l'aide de cordes (tressées avec des fibres d'écorces de baobabs) et d'échelles leur permettant de passer d'un surplomb rocheux à un autre.

Les statues Tellem qui ont été découvertes dans la falaise se caractérisent par une couche épaisse, craquelée, qui les recouvre, due aux libations sacrificielles : bière de mil, sang, etc,...

On y trouve déjà une annonce stylisée des statues dogons aux bras qui se tendent vers le ciel.
Dans certaines sculptures, on ne distingue plus que les deux bras : sculpture épurée vers le symbole d'une recherche spirituelle ? Ou simplement incantation à la pluie?
On retrouve cette symbolique dans des objets dogons tels que les échelles, les piliers sculptés des cases à palabre.

J'ai eu l'occasion de voir au Musée Dapper, à Paris (Je vous le recommande très vivement!) et d'en être estomaqué, ces statuettes et ces objets mystérieux dont la forme et la surface appellent vers un ailleurs et me troublent profondément...

Ce qui fait l'attrait de la statuaire dogon, ancienne et actuelle, c'est cet élan, cette retenue, cette intériorité venue de temps ancestraux des Tellem et de bien avant encore (Les falaises de Bandiagara ont en effet été occupées des le III° siècle avant J.C.).

lundi 8 février 2010

A l'aventure dans les falaises du Pays dogon

Le Pays dogon est, déjà du point de vue géographique et géologique, l'un des sites naturels les plus surprenants de l'Afrique de l'Ouest. Qui n'a pas entendu parler des Dogons, par des dépliants touristiques ou des programmes d'agences de voyages?

Mais souvent ce n'est qu'un nom, sans plus.

C'est quelque chose d'unique que de s'immerger dans ce pays fabuleux, à cinq, avec une amie connaissant les Dogons depuis une dizaine d'années et un guide ami, dogon lui-même, parfaitement au courant des us et coutumes de son pays.

La poussière y est omniprésente ; l'eau manque (elle est montée dans la falaise depuis les puits de la plaine par les femmes et les fillettes par seaux de 20l sur la tête), donc pas de douche, sinon un mince filet d'eau.
Les conditions d'hébergement sont rudimentaires, mais l'accueil chaleureux et amical, à condition de respecter les usages et les coutumes : merci à notre guide dogon de nous avoir "briefés"!

J'ai apprécié de pouvoir bivouaquer sur les toits plats des maisons en banco, sous des ciels d'autant plus fantastiques qu'à 18h30 la nuit noire est là, d'un seul coup d'un seul.

Au Mali, dans la boucle du Niger, sur le rebord oriental d'un immense plateau de grès se trouve une longue falaise escarpée longue de 260 km environ (jusqu'à Douentza) et haute de 250 à 400m.

Le paysage qu'on y admire est chaotique, grandiose, vertigineux, très aride et chaud en saison sèche : nous y avons eu jusqu'à 45°.

La roche est fracturée, on y observe des gorges profondes, des failles, irriguées par des eaux d'infiltration.
La falaise y est entaillée de failles horizontales, criblée d'une multitude de niches et de grottes.
La paroi de cette falaise irrégulière se dresse au dessus d'une masse impressionnante d'éboulis rocheux.

Nous marchions -crapahutions - dans ces éboulis, ces failles, souvent dans des passages munis d'échelles dogon, plusieurs heures par jour soit en plein cagnard soit à l'ombre des parois surchauffées, afin d'accéder à des villages peu fréquentés. En fait nous n'y avons vu que de très rares touristes.

Au pied de la falaise se trouve une étroite bande de terre arable, cultivée avec soin et savoir-faire par les dogons,qui y font pousser mil, maïs, sorgho, ainsi que quelques cultures maraîchères (oignons, surtout, tomates, piments...et tabac). Ces productions sont échangées sur les marchés contre du poisson séché, du sel, des objets manufacturés.

Plus loin, s'étend une immense plaine sableuse vers le Sud Est, vers le Burkina Faso, qu'on peut presque apercevoir des hauteurs.

Sur le plateau se trouve Bandagiara, la "capitale" du Pays dogon, qui par contre, manque relativement d'interêt.

Les villages sont situés au pied immédiat de la falaise, dans les éboulis rocheux, à flanc de falaise ou, plus rarement, sur le plateau (p. ex. Sangha).

On y découvre greniers et sanctuaires, habitations et jardinets, et partout des baobabs.
Partout aussi des moutons, des chèvres, des ânes et quelques volailles.

Les Dogons seraient 500 000 sur à peu près 600 agglomérations de taille variable.
Il y a une vingtaine de parlers différents, ce qui implique que les Dogons utilisent pour communiquer d'un bout à l'autre de la falaise une autre langue, telle que le peul.
Ils entretiennent par ailleurs des relations étroites avec les éthnies voisines, les Bozo, Soninke, Bwaba, Mossi, Songhay,...

Voila en gros pour le contexte, l'environnement du Pays dogon, où je suis resté une semaine.

vendredi 5 février 2010

Des manuscrits dans le désert malien, à Tombouctou



Des centaines de milliers de manuscrits (du XIV° au XVI° siècle) sont conservés dans les bibliothèques publiques et privées de Tombouctou et des environs. C'est une source de fierté pour Tombouctou et le Mali tout entier, un trésor jalousement gardé.

J'ai visité l'une de ces bibliothèques : la Bibliothèque Al Imam Essayouti, où des milliers de documents exceptionnels témoins d'un passé culturel et religieux d'une richesse encore insoupçonnée étaient en bonne voie de classification et de conservation.

J'ai pu photographier quelques documents (ci-contre). Ce sont des manuscrits religieux, juridiques et scientifiques.

L'urgence est à la conservation des manuscrits!

Ce patrimoine connait en effet un état de détérioration certaine, malgré le climat sec de cette région; ce qui menace : les insectes, l'acidité, la chaleur, la poussière, les manipulations sans précautions,...et les vols.

Des collaborations internationales se mettent en place, grâce, entre autres, à l'Unesco.

La question que je me suis posée : pourquoi tant de richesses accumulées?

La boucle du Niger est à l'Afrique de l'Ouest ce que le Nil est à l'Egypte : une source de vie et un pôle civilisateur. Les hommes s'y sont installés sur de vastes étendues de terres bien arrosées.
Mais c'était aussi une artère de communication, un trait d'union entre le désert et l'Afrique du Nord et entre la savanne et les forêts du sud.

Tombouctou était idéalement situé, sur la partie la plus septentrionale de la boucle du Niger!

Les populations africaines sédentaires et les nomades berbères et arabes s'y sont rencontrées.

Quels mélanges, quelles richesses, quels foisonnement intellectuel en plein désert!
Ce passé étonnant est aussi ce qui m'a attiré à Tombouctou...

Durant les sept derniers siècles, l'héritage de la culture écrite musulmane s'est mis en place, témoin l'abondance et la richesse exceptionnelles des manuscrits.

Des ouvrages étaient apportés à Tombouctou. Mais il y avait une intense production locale de livres ainsi que des ateliers de reproduction d'ouvrages.

Bref, j'ai été totalement subjugué par cette richesse fantastique, et ces manuscrits m'ont rappelé d'autres manuscrits vus quelques années auparavant dans les bibliothèques de Chinguetti, en Mauritanie...



mercredi 3 février 2010

La Grande Mosquée de Djingareyber à Tombouctou

Lors de mes pérégrinations dans Tombouctou et ses ruelles ensablées, je ne pouvais pas manquer la Grande Mosquée de Djingareyber (ou Djingaieibei) !

Une merveille, toute en banco, qui pouvait accueillir jusqu'à 12000 fidèles!

Notez au passage que le banco est de la terre crue utilisée avec le moins de transformations possibles, pour les constructions.
On trouve le banco aussi sous forme de briques que l'on voit sécher au soleil dans presque toutes les villes et villages du Mali.

C'est le matériau de construction le plus vieux du monde.Mais en saison des pluies, il n'est pas d'une solidité à toute épreuve. ..

D'où les pieux en bois qui sortent des minarets par exemple, et qui permettent des échafaudages faciles pour la réfection et la consolidation.
D'ailleurs, une fois par an, toute la population de Tombouctou participe à la réfection des enduits extérieurs de la Grande Mosquée!

La magnifique Mosquée d'origine a été construite en 1325 sous l'empereur Mansa Moussa, par un architecte andalou.

La Mosquée que j'ai pu contempler de près a été construite sur les fondations du monument initial.
Le style d'origine a été entièrement respecté : dépouillé, robuste, massif, d'où émerge le minaret pyramidal hérissé de pieux.

D'une terrasse voisine, on peut la contempler, ainsi que la ville de Tombouctou ; on se rend compte de l'avancée inexorable du désert.

Elle bénéficie depuis 1996 de fonds de l'UNESCO pour sa sauvegarde.


Au Nord de cette Grande Mosquée se trouve celle de Sankoré et l'Université du même nom, datant du XV° siècle et qui abritait, ainsi que les 180 écoles coraniques, pas moins de 25 000 étudiants du monde arabo-musulman dans une cité d'alors 100 000 habitants. Laquelle Université valu son rayonnement international à Tombouctou il y a 600 ans!

Tombouctou : un rayonnement universel et un indéfinissable mystère, dans lequel j'ai été heureux de me baigner, sans que pour autant celui-ci s'éclaircisse...

mardi 2 février 2010

Un concert exceptionnel ...sans frontières

Dans une note précédente, je parlais, à propos du Col des Bagenelles, sur la route des Crêtes, dans les Vosges, où j'étais aller faire de la raquette, du nom "Grenz Höhe", les hauts de la frontière, à propos de la sinistre ligne de front qui séparait les combattants durant la Grande Guerre.

Dimanche, j'ai assité à un concert exceptionnel, à la musique qui réunit et transcende les frontières, à une expérience que je peux appeler "Musik ohne Grenzen", musique sans frontières, à Illzach, dans la périphérie de Mulhouse, dans le Haut-Rhin.

Ce concert était donné, je dirais "nous était offert", tant j'ai vécu cela comme un don, par le Choeur des Trois Frontières.
La Direction du Choeur était assurée et avec quel brio, par Jean-Marie Curti, chef d'Orchestre Suisse, formé dans différences villes européennes, établi à Genève. Il dirige des concerts de musique classique dans le monde entier, est chanteur haute-contre, organiste, compositeur, musicologue, éditeur...

L'orgue accompagnant le Choeur était tenu par Cyril Pallaud, titulaire de nombreux prix, enseignant de musicologie et artiste reconnu au niveau international.

Quant au Choeur des Trois Frontières, les nationalités y sont allemande, française et suisse. Il est résident à Illzach, après avoir été un partenaire privilégié des Dominicains de Guebwiller.

Cette formation remarquable m'a permis de découvrir avec émotion le compositeur français Maurice Duruflé (1902-1986), que je ne connaissais que de nom, et qui fait partie de la même génération qu' Olivier Messiaen.

Fortement influencé par le Chant Grégorien, la musique pour orgue, et pour choeurs tient dans son oeuvre une place de choix. Nous ont été offerts : 4 Motets pour choeur a capella sur thèmes grégoriens et son Requiem Opus 9, l'un des chef-d'oeuvres musicaux du XX°siècle.

Une version si juste et si limpide qu'on a l'impression que c'est elle que Duruflé a entendu intérieurement!
On y écoute des passages puissamment dramatiques, de fantastiques envolées d'une force saisissante, et aussi des passages d'un lyrisme poignant.

Duruflé nous livre dans cette oeuvre un message très humain : désarroi de l'homme, lutte, mais aussi espoir face à son devenir...
Vous trouverez sur Youtube différentes versions des 4 motets Ubi Caritas, Tota Pulchra es, Tu es Petrus et Tantum ergo, ainsi que du Requiem de Duruflé...si vous ne les avez pas déjà en CD!