vendredi 17 février 2017

Visite à Vauvenargues, village de Picasso



En janvier dernier, étant basés pour quelques jours à Aix-en-Provence, nous nous sommes rendus dans le village de Vauvenargues.

Le village se trouve à environ 14km à l'est d'Aix-en-Provence.


En pleine Provence calcaire, Vauvenargues est situé sur le versant nord de la Montagne Sainte-Victoire, sur le ruisseau Infernet, qui coule en amont du barrage de Bimont.

La Montagne Sainte-Victoire
peinte par Cézanne

Seigneurie des archevêques d'Aix et des Comtes de Provence jusqu'au milieu du XIII° siècle, puis des Clapiers au XVI° siècle, Vauvenargues devint un fief érigé en Marquisat par lettres patentes de Louis XV en 1722, en faveur de Joseph de Clapiers, père du moraliste Luc de Clapiers, qui pris le nom de Vauvenargues (Voir ici).

De nombreuses citations du moraliste étaient affichées dans le village lors de notre visite.

" Il n'y a de vrai et de solide esprit que celui qui prend sa source dans le coeur."
Luc de Clapiers
Marquis de Vauvenargues
"C'est un malheur que les hommes ne puissent d'ordinaire posséder aucun talent sans avoir quelque envie d'abaisser les autres."

Eglise de Vauvenargues

A l'extérieur du village, niché dans la verdure, le Château de Vauvenargues est flanqué de deux tours rondes du XIV° et est entouré d'une enceinte du XVI°.

Le Château de Vauvenargues

Son histoire mouvementée remonte aux Comtes de Provence.

Le château fut vendu en 1943 et dépouillé de son mobilier, avant de passer en diverses mains.

Il fut racheté en 1958 par Picasso, qui y vécut avec Jacqueline entre 1959 et 1965.

Jacqueline et Pablo Picasso

Picasso (décédé en 1973) est enterré dans le parc, aux côtés de Jacqueline Picasso (décédée en 1986).

Leur tombeau est surmonté d'une statue en bronze, la Femme au Vase, dont l'original, exécuté en 1933 avait été exposé à l'entrée du Pavillon Espagnol de l'Exposition Internationale de Paris en 1937, là où fut dévoilé le fameux tableau Guernica.

La Femme au Vase

Le Château est propriété des descendants de Jacqueline, et ne se visite plus.

On sait l'anecdote du peintre téléphonant à son marchand Kahnweiler :

-"J'ai acheté la Sainte-Victoire de Cézanne".
-"Laquelle", lui demande son correspondant, pensant à un tableau
-"L'originale!" répond Picasso

Même si les conditions de confort dans le château de Vauvenargues sont restées toujours rudimentaires, ce refuge lui a permis d'accueillir l'ensemble de ses collections parmi lesquelles figuraient trois chefs d'oeuvre de Cézanne : Une vue de l'Estaque, le Château Noir, et Les Baigneuses.

A 80 ans, Picasso dédie le domaine à sa jeune épouse Jacqueline, nouvelle maîtresse des lieux, en peignant le portrait "Jacqueline de Vauvenargues" .






vendredi 10 février 2017

En Ardèche : visite à Jaujac, village médiéval enchanteur


Fin janvier, nous étions en Ardèche, et nous avons eu l'occasion de visiter le village médiéval de Jaujac : nous sommes tombés sous le charme!

Ardèche

Jaujac est situé entre Aubenas et le Col du Bez, sur les bords du Lignon, à 420 m d'altitude, soit 20km et 30 mn de route vers l'ouest d'Aubenas.
Le village est situé au pied du Tanargue (1511m).

Le Lignon à Jaujac
(Photos Le Promeneur du 68)

Entouré par les "serres" cévenoles (crêtes étroites longues de plusieurs km), niché entre le plus jeune volcan d'Ardèche et de longues coulées basaltiques, Jaujac fut pour nous une belle découverte : ce petit village a su conserver et valoriser son caractère médiéval.

Ce bourg est structuré en forme d'étoile autour de la place centrale.



Pont médiéval sur le Lignon

Mais tout d'abord il faut noter le caractère volcanique remarquable de cette région.

Le volcan de Jaujac, appelé aussi "La Coupe de Jaujac" est un cône typiquement strombolien parmi les plus réguliers de France.
Daté de 12000 à 46000 ans, il appartient à l'ensemble des Jeunes Volcans d'Ardèche.
A la fin de son édification, le cratère a été probablement rempli d'un lac de lave dont la pression aurait provoqué l'égueulement du cratère.

La coulée de lave émise par le volcan a ensuite suivi le cours du Lignon, formant par refroidissement des orgues basaltiques considérés comme faisant partie des plus beaux d'Europe.

 Jaujac est en partie construit sur ces coulées de basalte.

Les orgues basaltiques de Jaujac
Au fil de notre balade nous avons entrevu les gorges profondes du Lignon.
De belles randonnées sont à découvrir sur les sommets ventés des serres cévenoles, dans le cadre du Réseau de randonnées des Vallées de l'Ardèche mis en place par les communes des Hautes Cévennes.



La partie la plus ancienne du village est dénommée "Le Chastellas", une place forte érigée au XII° siècle par une famille noble qui a donné son nom à Jaujac. Il ne reste que les ruines d'un donjon.

Le caractère médiéval du bourg est accentué par les ruelles pavées.

Parmi les particularités de Jaujac, on note la présence de 3 châteaux : le Château de Bruget (1594), le Château de Laulagnet et le Château féodal de Castrevieille, construit au XIV° siècle, flanqué de 2 tours dont l'une est constituée de pierres volcaniques.

Château de Castrevieille

Il faut noter aussi que Jaujac fut un village pionnier pour le moulinage, dès le XVIII° siècle.
Le moulinage, dans l'industrie textile, est l'action qui consiste à tordre le fil de soie, et le moulinage se situe entre la filature et le tissage.

Industrie du ver à soie

16 moulins, employant une main d'oeuvre féminine fonctionnaient au bord du Lignon.
Ces moulins étaient alimentés en eau par des "béalières"sortes de canaux qui dérivaient les eaux du Lignon pour apporter la force motrice aux machines.

Le moulinage a contribué à l'essor économique de Jaujac car les femmes apportaient par leur travail un appoint aux activités agricoles et minières (mines de charbon) exercées par les hommes du village.

Pour la petite histoire poétique, littéraire et politique, Jaujac s'enorgueillit à juste titre de ses deux célébrités : les Frères Fabre.


Victorin Fabre, né à Jaujac en 1785 et mort à Paris en 1831 remporta de nombreux concours de poésie et d'éloquence, et son oeuvre fut couronnée par l'Académie Française.
Précédé d'une réputation de phénomène littéraire, il donna des cours d'éloquence à l'Athénée de Paris en 1810 et 1811.

Auguste Fabre (1792-1839) fut également un écrivain distingué à son époque, mais est connu surtout comme conspirateur républicain sous Charles X.
Il fut le commandant de l'Association de Janvier, société secrète paramilitaire à l'origine du déclenchement des Trois Glorieuses (27-29 juillet 1830).

Cette visite à Jaujac, petit bourg ardéchois pittoresque chargé d'histoire et d'histoires nous a charmés et ravis!

vendredi 3 février 2017

Photographie : Quand André de Dienes rencontre Marilyn Monroe



Nous avons pu admirer fin janvier, une magnifique exposition intitulée "I Wanna Be Loved By You" (jusqu'au  1° mai 2017) à Aix en Provence, dans le très bel Hotel de Caumont, consacrée à l'icône photographique Marilyn Monroe.

L'Hotel de Caumont
Aix-en-Provence
Le bandeau de l'Exposition
"I Wanna Be Loved By You".

Plusieurs photographes de renom ont contribué, par leurs clichés, à la construction du mythe "Marilyn Monroe".

Photo André de Dienes

On sait comment Norma Jeane Baker, née en 1926 à Los Angeles (Elle se fera appeler Marilyn Monroe en 1946) s'est prêtée au jeu de la célébrité, renvoyant à chaque paparazzi un sourire éclatant.

Elle débute sa carrière comme mannequin en 1945, fait ses premiers pas dans l'industrie cinématographique et pose pour de nombreuses publicités.

Ses photographies de 1946-1948 correspondent aux stéréotypes de l'image de la pin-up. 
Elle continuera de poser comme pin-up jusqu'en 1953.

Elle aime la liberté que lui offre l'appareil photo et les photographes le lui rendent bien!

Photo André de Dienes

Elle forge sa célébrité seule, sans l'aide des studios, en jouant de sa surexposition médiatique : sa plastique est exceptionnelle, et son travail intensif avec les photographes réputés d'Hollywood porte vite ses fruits.

Elle apparait en couverture de nombreux magazines, ce qui contribue à sa popularité comme à son érotisme.


Tout au long de sa carrière elle suscite régulièrement des séances de prises de vue avec les plus grands photographes de son époque, qu'ils soient reporters ou portraitistes : André de Dienes (1913-1985), Tom Kelley (1914-1984), Philippe Halsman (1906-1979), Eve Arnold (1912-2012), Cecil Beaton (1904-1980), Milton Greene (1922-1985),...

Photo André de Dienes

Elle établit des liens de complicité et une relation exclusive avec nombre d'entre eux, devenue l'unique objet de leur regard derrière l'objectif.

L'un d'entre eux, André de Dienes est un photographe de mode, de publicité et de nus, installé à Los Angeles depuis les années 1930.

André de Dienes

Lorsqu'il rencontre Norma Jeane en 1945, il est immédiatement séduit par la photogénie du mannequin débutant.

Photo André de Dienes

A la fin de l'été, il l'emmène dans un périple de plusieurs milliers de km à travers la Californie, l'Oregon, l'Arizona et le Nevada lors duquel il ne cesse de prendre clichés sur clichés de l'icône naissante.

Photo André de Dienes
Photo André de Dienes
Photo André de Dienes


Le retour à Los Angeles signe le début d'une amitié fidèle.
Ils restent parfois des mois sans se voir, et brusquement elle l'appelle pour qu'il fasse des clichés.


Photo André de Dienes
Photo André de Dienes
Photo André de Dienes

Il la retrouve en pleine gloire en 1953 et, une nuit de désespoir elle l'appelle pour qu'il fasse des photos d'elle dans une rue sombre de Beverly Hills.

Photo André de Dienes

En 1960 elle débarque chez lui une dernière fois : " Si tu as encore envie de faire des photos de moi, vas-y. Je suis disponible. Demain, ce soir, tout de suite, comme tu voudras."

Photo André de Dienes

Tous les clichés exposés ont contribué de manière fondamentale à la construction d'un mythe, tout en nous restituant les deux faces de l'icône : celle, solaire et lumineuse de la blonde, et celle, lunaire, d'une jeune femme perfectionniste et vulnérable.

Les causes de sa mort, en 1962, demeurent l'objet de vives spéculations...

mercredi 18 janvier 2017

Photographie : Stéphane Spach : sous-bois et natures mortes, ombres et lumière



C'est également à l'occasion de l'Exposition STILL-LEBEN à La Filature à Mulhouse (15 nov-18 déc 2016) que j'ai pu apprécier les photographies  de Stéphane Spach de sous-bois et de natures mortes. Voir ma dernière note ici.

Stéphane Spach

J'ai apprécié les photographies de sous-bois en clair-obscur  de Stéphane Spach.


Des clichés où la lumière et l'ombre se jouent l'une de l'autre : il y a du jour dans la nuit...


Stéphane Spach vit et travaille en Alsace. Voir ici.

A regarder les photographies de Stéphane Spach, nous entrons dans une nuit à laquelle nos yeux ne sont pas habitués, une nuit mate et sourde, préservée des halos lumineux et des phares hostiles.


Tout est en nuances, comme si les sous-bois irradiaient de leur propre lumière intérieure.


" Ce serait plutôt la clarté du jour distillée dans la nuit, des images subtiles, intimes, presque..." Ann Loubert.


Le champ de vision du photographe est tout en douceur et subtilité.


A notre oeil qui est plutôt habitué à la vision diurne, Stéphane Spach propose une vision étrange, subtile et pourtant familière.



Mais il y a aussi les natures mortes que le photographe a mises en scène de façon particulièrement sophistiquée, occasion pour lui de jouer sur la lumière, les niveaux de gris et l'obscurité....elles irradient d'une lumière étrange.




Dans ce travail à la fois précis et onirique, l'insolite a son mot à dire : il nous charme de manière indicible, et nous engage à regarder mieux et plus intérieurement le monde qui nous entoure, et à accepter que cet "ordre du jour" auquel nous sommes par trop habitués puisse s'absenter et nous donner accès à une autre vision de la réalité.


lundi 16 janvier 2017

Photographie : le clair-obscur de Brigitte Lustenberger


J'ai pu admirer en novembre 2016, à la Galerie de La Filature, à Mulhouse et dans le cadre de l'exposition collective STILL-LEBEN, des photographies de Brigitte Lustenberger.

Brigitte Lustenberger



J'ai tout de suite été saisi, touché par la qualité de ses clichés, en particulier par les natures mortes et les portraits, tous sur fond sombres, et où perce un certain mystère.


Brigitte Lustenberger a étudié à l'Université de Zurich et obtenu sa licence en histoire sociale et photographie en 1996.


Durant les années suivantes, elle s'est établie comme artiste visuelle.


Elle a ensuite déménagé à New-York et a reçu son MFA en Fine Art Photography & Related Media à Parsons The New School of Design en 2007.


Dans ses séries, l'artiste s'intéresse à l'étude du regard, aux interactions entre présence et absence dans l'image photographique, et au fait que l'observation d'une photo est la plupart du temps influencée par la mémoire collective.


Brigitte Lustenberger a exposé au niveau national et international dans des expositions personnelles et collectives.


Elle a exposé individuellement à New-York, à Lausanne, à Zurich, à Strasbourg, à Berne et à Bienne.

Son travail a été intégré à des expositions collectives à Berne, à Lucerne, à Cologne, à Milan et à Mulhouse.


Les photographies de Brigitte Lustenberger sont à la fois ancrées dans les pratiques artistiques contemporaines et en relation avec la peinture baroque.


La nature morte est aujourd'hui l'objet d'un regain d'intérêt et Brigitte Lustenberger revisite ce genre classique avec une touche personnelle qui ne laisse pas le spectateur indifférent : lumière naturelle, fond sombre, intérêt porté aux textures.


La profondeur de ses images nous invite à nous plonger dans une réflexion sur l'art et la vie.


Ses clichés suggèrent, plus qu'ils ne le montrent, une certaine vision de l'existence au moyen d'un subtil clair-obscur qui me rappelle Caravaggio...


J'ai apprécié et été touché par la qualité et l'originalité de son travail.