jeudi 8 décembre 2016

Birkenfels, en Alsace : le château d'un vassal qui voulait copier les nobles


Lors d'une randonnée en Alsace, dans le Bas-Rhin, qui nous a mené du côté d' Obernai (ici), vers la commune d'Ottrott et le Mont St Odile, nous avons découvert un nouveau château, classé Monument Historique depuis 1984 : le Château du Birkenfels, situé à 683m d'altitude.

Le Donjon du Birkenfels

L'Alsace regorge en effet de dizaines de ruines de châteaux en plus ou moins bon état, qui témoignent d'une histoire mouvementée et de la volonté de puissance de princes, de nobles et d'évêques... et même de leurs vassaux.

Le Château du Birkenfels témoigne, en effet, des ambitions de Burkhard Beger, Schatzmeister (Trésorier ou ministériel, ou chevalier-serf, en tout cas un vassal) de l'évêque de Strasbourg.

Nous avons ici le cas exceptionnel d'un château résidentiel qui n'a aucun caractère stratégique.


La famille Beger souhaitait ainsi matérialiser ses rêves de grandeur en copiant les constructions des princes et des nobles auxquels ils rêvaient d'appartenir.


L'évêque de Strasbourg s'était emparé illégalement du domaine d'Obernai et avait poussé deux familles vassales, les Beger et les Kagen, à y construire deux châteaux dans la forêt.

Le Birkenfels a ainsi été construit vers 1260 par les Beger sur le domaine d'Obernai, une terre impériale sur laquelle ni les Beger, ni l'évêque de Strasbourg n'avaient de droits...



Par ailleurs, la famille des Kagen construisit  dans le même massif forestier, à partir de 1262 le petit Château du Kagenfels : voir ici.

Le Château du Kagenfels

Cette appropriation eut lieu pendant la période d'affaiblissement de la puissance impériale, appelée le Grand Interrègne, période entre 1250 et 1273, durant laquelle le Trône Impérial du Saint Empire Romain Germanique était vacant, résultat de la lutte victorieuse de la Papauté contre la dynastie des Hohenstaufen...

Entrée du Birkenfels


Rodolphe de Habsbourg fut finalement élu Empereur en 1273, avec l'aval du Pape Grégoire X, ce qui mit fin au Grand Interrègne, .

La première mention de ce Château du Birkenfels date de 1289 quand Rodolphe de Habsbourg  décida de régulariser cette occupation illégale du terrain contre un loyer annuel ... d'une livre de cire payable à la chapelle de la Vierge d'Obernai...

Gisant de Rodolphe de Habsbourg dans
la Cathédrale de Speyer (Spire)

Le château fut incendié au XIV° siècle, restauré au XV° siècle.
Il appartint aux Beger jusqu'en 1532.

Il tomba en ruines après la Guerre de Trente ans qui a déchiré l'Europe de 1618 à 1648 : voir ici.

La Guerre de Trente ans
vue par Jacques Callot
La ruine, qui appartient désormais à la ville d' Obernai, et que nous avons pu visiter est 'relativement' bien entretenue.

Obernai

En effet, de nombreux chantiers de travail et d'importantes opérations de restauration ont été entrepris sur les murs et le donjon de l'édifice, par l'Association pour la Conservation et la Rénovation du Château du Birkenfels depuis 1983.


dimanche 4 décembre 2016

Photographie : Josef Sudek, à Prague : "Le monde à ma fenêtre"


La veille de notre départ pour l'Ouest américain cet été, nous avons pris le temps d'aller au Musée du Jeu de Paume, à Paris, admirer la magnifique exposition consacrée au photographe tchèque Josef Sudek, l'un des plus grands du XX° siècle.

Josef Sudek en action

Josef Sudek, né en 1896 à Kolin, en Bohème, alors province de l'Empire Austro-Hongrois, est mort à Prague en 1976.

Relieur de formation, il photographie en amateur dès 1913.

Appelé à combattre pendant la Grande Guerre, il est blessé par une grenade, perd son bras droit et décide alors de se consacrer totalement à la photographie.


L'exposition "Josef Sudek. Le monde à ma fenêtre" au Musée du Jeu de Paume, à Paris, célèbre l'oeuvre d'un artiste souvent présenté comme le plus important photographe tchèque, surnommé "le poète de Prague".

Josef Sudek, autoportrait

Après des débuts où il manifeste de remarquables compétences pictorialistes et de grands talents modernistes, Josef Sudek développe à l'aube des années 1940 un style singulier qui se détourne des conventions propres à ces "mouvements".


Josef Sudek a su réaliser des photographies empreintes de sentiment et inspirées par son vécu quotidien, à Prague.

Dans les modestes objets qui l'entouraient et dans les lieux qu'il fréquentait autour de chez lui, il trouvait à la fois une grande beauté et une bouleversante désolation.

Arpenteur inlassable de Prague, il avait son atelier dans le quartier historique de la ville, non loin du fameux château qui inspira Kafka...

Aux heures ambigües où le jour et la nuit s'entremêlent, Sudek a su saisir les nuances les plus subtiles de gris et les jeux de lumière.

Ses images vivent dans une aube ou un crépuscule d'ailleurs...

L'attrait de Josef Sudek pour l'obscurité coïncide avec l'occupation de Prague par les nazis dès mars 1939...
Dans une ville plongée de force dans le noir, il explore les possibilités techniques et esthétiques offertes par l'absence de lumière.




"J'accorde beaucoup d'importance à l'instinct. 
L'homme ne devrait jamais sous estimer cette importance et ne devrait jamais vouloir tout savoir en même temps. Si jamais il y parvenait, il perdrait son instinct et il saurait tout."






Josef Sudek est un magicien de l'ordinaire ; c'est aussi le maître des jardins, des parcs, des paysages...

Sa passion pour sa belle ville de Prague était dévorante et toute sa vie il va arpenter avec ferveur cette ville-labyrinthe.




Josef Sudek devint le photographe de l'élémentaire et des choses simples...



Admirable! Son regard sur les choses et la vie me touche profondément...

Voir ici la video de présentation de l'exposition au Jeu de Paume.
Voir ici une video "A photographer who devoted his life to beauty".
Voir ici d'autres photographies sur ce diaporama.


vendredi 2 décembre 2016

Randonnée en Forêt-Noire, sur les traces de la Guerre des Paysans


Lundi 28 novembre, par une belle journée froide mais ensoleillée en cours de journée, poursuivant notre exploration de la Forêt-Noire, nous avons entrepris le tour du Schönberg, au départ de Wittnau.

Wittnau est situé à 5km au sud de Freiburg, non loin du village de Pfaffenweiler , point de départ d'une autre randonnée récente (ici).

Wittnau

Le Schönberg est un petit massif montagneux qui culmine à 645m, dont la ligne de crête s'incline doucement au nord vers les faubourgs sud de Freiburg.

Massif du Schönberg

Lors de cette petite randonnée (7km, 3h et 290m de dénivelé), nous avons admiré une succession de panoramas agréables, de charmantes clairières et de vignobles avec, au loin, les "géants" locaux : les Kandel, Schauinsland, Belchen,... après dissipation des brumes matinales.



Lors de cette randonnée, nous avons eu également de beaux aperçus sur Freiburg et le pays fribourgeois.


Dans la forêt, un cadre suspendu aux arbres permet
de "cadrer" le Munster de Freiburg
Freiburg en contrebas

Vers l'Ouest, aux pieds du Schönberg murissent en saison le pinot noir, le Müller Thurgau et le Riesling du vignoble d' Ebringen. Voir ici le Winzerhof.

Ebringen

L'intérêt de ce circuit fut la montée aux ruines du château du Schneeburg.

Vue panoramique du Schneeburg

Bâtie au XIII° siècle par les Seigneurs de Hornberg, cette citadelle fut détruite vers 1525 lors de la Guerre des Paysans Allemands (Deutscher Bauernkrieg).




Cette guerre est un conflit qui eut lieu dans le Saint Empire Romain Germanique entre 1524 et 1526 dans les régions de l'Allemagne du Sud, de la Suisse, de la Lorraine allemande et de l'Alsace.

On l'appelle aussi, en allemand, le Soulèvement de l'Homme Ordinaire (Ehrebung des Gemeinen Mannes), ou, en français, la Révolte des Rustauds. Voir ici.

Frÿheit : Liberté!

Cette révolte a des causes religieuses, liées à la Réforme Protestante, et sociales (conditions de soumission et de vie), dans la lignée des insurrections qui enflammaient régulièrement le Saint Empire.


On estime qu'environ 300 000 paysans osèrent se révolter contre leurs seigneurs et que 100 000 furent tués!

La révolte des paysans sera prolongée en 1534-1535 par la Révolte des Anabaptistes de Münster : ici.

Ces paysans n'exigeaient pourtant qu'un allègement de leurs conditions de vie, et de plus, dans un contexte de réforme religieuse.


Leurs revendications étaient rassemblées dans un document connu comme le "Manifeste des 12 articles" du 20 mars 1525 : voir ici.

Nous avons poursuivi notre randonnée, après la visite du Schneeburg, sur de beaux sentiers forestiers illuminés d'une magnifique lumière rasante de fin d'après midi.


Voir ici une visite aérienne des ruines du Schneeburg (merci les drones...).


jeudi 24 novembre 2016

Randonnée en Forêt Noire, à Pfaffenweiler, un village chargé d'histoire(s)


Il y a un mois, profitant d'une belle journée ensoleillée, nous sommes partis randonner en Forêt Noire, au sud de Freiburg, à partir de Pfaffenweiler.

Pfaffenweiler



Pfaffenweiler est situé à à peu près 10km au sud de Freiburg, à la limite nord du Markgräflerland, petite région très agréable située à l'extrême SO de l'Allemagne, bordée à l'ouest par la France, et au sud par la Suisse. Voir ici, en allemand.

En rouge, le Markgräflerland
Ce charmant village viticole, fondé vers l'an mille, niché dans la Schneckental (Vallée des Escargots) est internationalement connu depuis plus de 35 ans, justement,  pour la Fête de l'Escargot (Schnecke-Fescht), qui se tient le premier week-end de septembre, à laquelle participent de nombreux visiteurs venant de toute l'Allemagne, des Pays-Bas, du Royaume-Uni,...


La dégustation des escargots va bien entendu de pair avec celle de l'excellent vin local, lors de ce week-end festif.




Le Müller-Thurgau de Pfaffenweiler
Lors de notre randonnée, dans la forêt, nous avons d'ailleurs pu jeter un coup d'oeil sur un curieux et intéressant "musée" de tailleurs de pierres, situé au pied d'une carrière,  en accès libre (Pfaffenweiler Historische Steinbrüche) :

Accès du petit musée en pleine forêt
Notre randonnée d'une dizaine de km nous a pris 3h30, tant il y avait à voir : de somptueux paysages viticoles et forestiers et plusieurs monuments, à commencer par l'Eglise Sankt Columba du XVI° siècle et la fontaine, non loin, du même nom, sur laquelle veille Heilige Nepomuk (St Jean Népomucène).

Sankt Columba à Pfaffenweiler
Deux monuments, au cours de cette randonnée ont attiré notre attention sur une période douloureuse de l'histoire de Pfaffenweiler.

En effet, au milieu du XIX° siècle, de nombreux villageois, de par les mauvaises récoltes, une grande pauvreté et des conditions d'existence très difficiles sur place,  ont fait le choix douloureux de s'expatrier aux USA et en Afrique du Nord, afin de pouvoir démarrer une nouvelle vie à l'étranger dans de meilleures conditions.

En 1847, 85 habitants de Pfeiffenweiler sont partis s'installer en Indiana, aux USA.

A nouveau, en 1853, 132 habitants du village s'expatrièrent en Afrique du Nord.
D'ailleurs l'un des sentiers de cette randonnée s'appelle Unterer AfriKaWeg.



Un monument en souvenir de ces exils forcés se trouve au bord du sentier :
Monument en souvenir des 132 expatriés en 1853
en Afrique du Nord 
La perte a été très dure pour le village et a généré déchirements, amertume et pleurs, on s'en doute...

Le voyage de 52 jours vers les USA fut particulièrement éprouvant et les villageois de Pfaffenweiler restèrent très proches les uns des autres, une fois arrivés en Indiana, où ils contribuèrent à fonder la ville de Jasper.
Jasper, Indiana

Les habitants actuels de Jasper s'appellent d'ailleurs Baumann, Beck, Brucker, Eckerle, Kiefer, Schuble, Schmidt,...

Le jumelage entre Jasper (Voir ici) et Pfaffenweiler a été établi officiellement en 1985, et des voyages d'échanges ont lieu régulièrement. 

En 2015, pour l'anniversaire des 30 ans de ce jumelage, les visiteurs de Pfaffenweiler venus à Jasper ont chanté en anglais, sur l'air de "Oh Suzanna" un chant d'amitié qui a reçu une standing ovation de la part de la population de Jasper, et fait couler beaucoup de larmes :

We come from Pfaffenweiler 
with famous good old friends
we say Hello and Guten Tag
weˋre glad to shake your hands. 

Oh oh oh . . .
Refrain -                
           Jasper forever 
           the friendship never ends
           to celebrate the partnership 
           we always stay good friends.

We took the plane across the sea
to spend some time with you
letˋs meet and greet and dance and laugh
for that we say Thank you

Oh oh oh ...refrain

The mayors weˋve had in 30 years 
were Fritz and Dieter Hahn
Jerome and Bill, now Terry Seitz,
oh how the time has gone. 

Oh oh oh ...refrain

The Gutgsell, Baumann, Kiefer, 
Scherle, Eckert, Eckerle,
theyˋre names we have that you have too
what a lovely history.

Oh oh oh ...refrain

Matthias came to Jasper 
as a young and single man
he worked and met a pretty girl
the endless love began.

Oh oh oh ...refrain

Saint Joseph and the Eckert Mill 
remind us of the start, 
we wish good health and lots of luck
from the bottom of our heart. 

Oh oh oh ...refrain

Ein Danke Schön and thanks a lot
for your warm hospitality
weˋre glad to have such lovely friends
you and he and she.

Oh oh oh ...refrain


Que d'histoires dramatiques et émouvantes évoquées à l'occasion d'une simple randonnée!