vendredi 25 mai 2018

De retour de notre (bref) séjour à Alcatraz


Lors de notre récent voyage en Californie, nous nous sommes offerts un (bref) séjour dans une charmante petite île située au coeur de la Baie de San Francisco : Alcatraz.

Alcatraz

On n'y trouve plus actuellement que des colonies de goélands et autres oiseaux et les restes de ce qui fut un grand "hôtel" pourvu de nombreuses "chambres" sans vue sur la mer, chambres un peu petites, il est vrai...


Une cellule

Le règlement de cet établissement particulier comporte des articles qui font frémir.

L'article 5 du Règlement intérieur du Pénitencier d'Alcatraz stipule par exemple :
"Vous avez le droit d'être logés, nourris, blanchis, et soignés, si nécessaire.
Rien d'autre ne vous est dû."


On disait, à l'époque de la création du pénitencier (1934) :
"Mettez vous hors la loi, et vous irez en prison. Si vous ne respectez pas la loi de la prison, alors, direction Alcatraz!"

Seuls quelques uns des 1545 criminels incarcérés à Alcatraz sont demeurés célèbres, tel Al Capone (ici), "Doc" Barker, Alvin Karpis, George "Machine Gun" Kelly,...

Al Capone, incarcéré de 1934 à 1939
à Alcatraz

La plupart des détenus incarcérés dans ce pénitencier avaient été jugés trop difficiles pour rester dans d'autres prisons.


Il y a eu 14 tentatives d'évasion, dont la plus célèbre, en 1962, celle de Franck Morris et des frères Anglin, qui ont réussi à s'enfuir à la nage et se sont probablement noyés.

Cellule d'isolement

De nombreuses rumeurs concernant les mauvaises conditions d'incarcération à Alcatraz sont sans doutes dues à l'isolement.
Si la plupart de ces rumeurs n'étaient pas fondées (la prison était propre et la nourriture bonne), Alcatraz n'en était pas moins un véritable quartier de haute sécurité.

Bob Kennedy

Robert F. Kennedy, alors Ministre de la Justice, fit fermer Alcatraz en 1963 en raison des coûts de gestion et de maintenance élevés.

Après la fermeture d'Alcatraz, l'île devint un domaine public inexploité.

Différents projets virent le jour dont celui d'y construire un parc d'attraction sur le thème de la conquête de l'espace...

Mais ce qui est moins connu c'est que des activistes amérindiens occupèrent l'île à trois reprises : une fois en 1964, puis 2 fois en 1969.

Au départ, 78 amérindiens de tribus différentes, hommes et femmes, investirent l'île, sous la direction de Richard Oakes, un indien Mohawk, directeur du Département des Etudes Indiennes au Collège d'Etat de Chicago.

Richard Oakes, activiste Mohawk

En moins d'un mois, ils furent 600 à occuper le Rocher d'Alcatraz, représentant plus de 50 tribus différentes et y restèrent 19 mois.

Une telle coopération intertribale était alors sans précédent.

Les amérindiens à Alcatraz en 1969

Une proclamation "We hold the Rock" vit le jour.

Les activistes souhaitaient y construire un centre culturel et universitaire, et un centre d'études indiennes pour l'écologie.

"Nous nous consacrerons à dépolluer les eaux et l'atmosphère de la baie de San Francisco. Nous travaillerons à restaurer la vie des poissons et des animaux dans cette zone et à revitaliser la vie marine menacée par le mode de vie de l'homme blanc. Nous mettrons en place des installations pour dessaler l'eau de mer au bénéfice de l'homme. "

Cette occupation s'inscrivit dans le contexte de l'American Indian Movement fondé en 1968 à Minneapolis

Tipi sur le rocher d'Alcatraz

Ils revendiquèrent Alcatraz au nom " des indiens de toutes les tribus".
Il faut noter que dans des temps reculés, certaines tribus indiennes Ohlone et Miwok s'y rendaient déjà à l'occasion.

Indians Welcome




Ils offrirent au gouvernement américain d'acheter Alcatraz pour 24$ en colliers de perles et tissus.


Dans une "Proclamation au Grand Chef blanc et à tout son peuple", il soulignèrent avec ironie qu'Alcatraz semblait convenir à l'établissement d'une réserve indienne, puisqu'il n'y avait aucun équipement moderne et que l'île était déserte...

« Nous pensons que cette île que vous appelez Alcatraz est idéale pour recevoir une réserve indienne telle que les Blancs la conçoivent. En fait nous pensons que cet endroit présente déjà toutes les caractéristiques des réserves indiennes :
  1. Elle est éloignée de tous les services et n'est desservie par aucun moyen de transport adéquat ;
  2. Il n'y a pas d'eau courante ;
  3. Les services sanitaires sont insuffisants ;
  4. Il n'y a ni pétrole ni minerai ;
  5. On n'y trouve pas d'industrie et donc le chômage y est très élevé ;
  6. Il n'y a aucun service de santé ;
  7. Le sol est rocheux, impropre à toute culture et il n'y a pas de gibier ;
  8. Il n'y a pas d'équipements scolaires ;
  9. L'endroit a toujours souffert de surpopulation ;
  10. La population y a toujours été considérée comme prisonnière et tenue dans une totale dépendance des autres. »



Les médias et le public ont soutenu un temps les occupants indiens.

Puis, avec le temps, les manifestants finirent par renoncer, être délogés par la police et partir pacifiquement, en juin 1971.

La gestion du domaine fut alors confiée au "National Park Service".

L'un des nombreux occupants d'Alcatraz

Alcatraz est désormais un parc naturel et historique, ouvert au public, peuplé de nombreuses espèces d'oiseaux (faucons, oies, colibris, cormorans, goélands,...)

Vue de San Francisco depuis
les bâtiments du pénitencier

jeudi 19 avril 2018

Road trip en Californie ...


Nous voila sur le départ, pour notre rendez-vous annuel avec l'Ouest américain.



Décollage imminent pour un long road trip en Californie.
Au programme: côte du Pacifique et Sierra Nevada...


Sur la côte du Pacifique (2014)

Donc: silence radio sur ce blog pour quelques temps: on the road again !


Take care!


mercredi 18 avril 2018

Opéra : Luisa Miller de Verdi, en direct du Met


Samedi dernier, au Colisée de Colmar, nous allions à la découverte de Luisa Miller, de Verdi, opéra que nous ne connaissions pas.


Ce fut une très heureuse surprise!

Luisa Miller est un opéra en trois Actes, le quatorzième de Giuseppe Verdi, alors âgé de 36 ans, et présenté pour la première fois au Teatro San Carlo de Naples le 8 décembre 1849.

Giuseppe Verdi

Luisa Miller fut créé d'après Kabale und Liebe de Schiller.

Il s'agit là d'une oeuvre de transition et de rupture avec ses oeuvres de jeunesse, juste avant la trilogie de sa maturité : Rigoletto, La Traviata, Le Trouvère.

Dans Luisa Miller, le Comte de Walter s'oppose formellement à l'amour de son fils Rodolfo avec Luisa, car celle-ci n'appartient pas au même milieu social.

On y retrouvera la même thématique dans La Traviata, et c'est d'ailleurs ce qui se passait réellement dans la vie de Verdi...

Luisa, l'héroïne, est victime d'une société régie par les hommes.
Elle trouve appui chez son père.

Luisa et son père

Le duo du père et de la fille est fréquent chez Verdi et est ici magnifique.
Voir le duo entre Rigoletto et Gilda dans Rigoletto.

La mise en scène de Elijah Moshinsky est tout à fait classique, comme dans la dernière représentation de La Bohème.
Certes c'est un peu daté, mais cela n'est pas pour nous déplaire.

La direction musicale de Bertrand de Billy est splendide, vive, enlevée, maîtrisée.

Que dire des trois acteurs principaux ? Vraiment extraordinaires! Les seconds rôles sont également magnifiques.

Luisa, son père, et Rodolfo

Et tout d'abord Sonya Yoncheva dans le rôle titre de Luisa: magnifique!
Quelle énergie, quelle sensibilité, quelle force expressive!

Elle confère à son héroïne une dimension tragique dans la grande scène du deuxième Acte qui l'oppose à Wurm.

Wurm et Luisa

Tout récemment, elle nous aura étonnés, émus, surpris dans trois autres magnifiques opéras : La Traviata, le 13 mars 2017 (ici),  Tosca, le 30 janvier 2018 (ici) et  La Bohème, le 2 mars 2018 (ici).

Luisa et Rodolfo

Piotr Beczala nous a offert une interprétation extraordinaire de Rodolfo, toute en nuances, et en présence scénique : un charme irrésistible!
Il s'agit probablement là de son meilleur rôle verdien!

Rodolfo

Le 10 avril 2012, nous l'avions fort apprécié dans Manon de Massenet (ici), le 2 mars 2013, dans Rigoletto (ici), le 9 février 2014, dans Rusalka de Dvorjak (ici).

Et puis, il y avait la présence de l'infatigable "vétéran" Placido Domingo dans le rôle du père, Miller, très bien dans ce rôle qui lui allait comme un gant.

Il avait interprété Rodolfo il y a ... "un certain temps",...

Il ajoutait ainsi un cent quarante neuvième rôle à son vaste répertoire et s'en est tiré avec maestria, en dépit d'un démarrage précautionneux.

Miller
Sa voix atteint des sommets d'émotion au dernier Acte.

Ecoutez Sonya Yoncheva dans le premier aria "Lo vidi e'l primo palpito": ici.
Ecoutez Piotr Beczala dans"Quando le sere al placido": ici!
Voir ici le duo Walter/Wurm.
Ici, le duo Wurm/Miller!

Cette soirée fut pour nous la très heureuse découverte d'un opéra assez méconnu, en tout cas que nous ne connaissions pas!

Voir ici l'article enthousiasme de notre ami blogueur JCMEMO!


vendredi 13 avril 2018

A Salamanque : El Museo Art Nouveau y Deco : magnifique!


Lors de notre séjour à Salamanque fin mars, nous avons découvert avec bonheur un Musée que nous ne nous attendions pas à y trouver : El Museo Art Nouveau y Deco, appelé la "Casa Lis".


La Casa Lis (ici) est un Musée fondé en 1995 qui se trouve sur l'ancienne muraille de la ville.
Il est consacré essentiellement à l'Art Nouveau ( et également à l'Art Déco) des dernières décennies du XIX°jusqu'à la seconde guerre mondiale.

Il abrite également des expositions temporaires.

Entrée du Musée sur la Rue Gibraltar


Nous avons étés très agréablement surpris par la qualité du bâtiment et la richesse des impressionnantes collections  exposées.

Vues de l'arrière de la Casa Lis



Nous sommes en effet passionnés d'Art Nouveau et de Jugendstil. 

Nous nous souvenons avec émotion de nos visites à Paris, Lille, à Nancy, et bien entendu à Prague, sans oublier quelques bâtiments remarquables à Colmar.

Nous nous souvenons aussi d'une magnifique exposition Lalique au Musée Gulbenkian à Lisbonne.

Donc, à Salamanque, la Casa Lis est à l'origine un petit Palais privé construit au début du XX° siècle par l'architecte M. Joaquin de Vargas, à l'initiative de M. Miguel de Lis, industriel salmantin amoureux de l'Art Nouveau.

La verrière intérieure

Tout au long du siècle, la Casa Lis a eu plusieurs propriétaires et a été affectée à divers usages, jusqu'au moment où, au début des années 80, la Mairie de Salamanque a exproprié le bâtiment pour le sauver de la ruine.

La cafétéria

En 1992, à l'initiative de M. Manuel Ramos Andrade (1944-1998), qui fit don de sa collection à la "Communauté de Salamanque", naquit le projet de l'actuel Musée.

Le Museo Art Nouveau y Art Deco a été inauguré en avril 1995.

Il abrite une magnifique collection de verres et bijoux Art Nouveau : les admirables créations de René Lalique, d'Emile Gallé (créateur de la fameuse Ecole de Nancy), des frères Daum en collaboration avec Majorelle...

René Lalique
René Lalique

Emile Gallé
De beaux meubles Art Nouveau y sont exposés :


Et nous y avons découvert également une magnifique collection de statuettes chryséléphantines (ici), en bronze et ivoire, ...

Statuettes chryséléphantines




... ainsi qu'une salle entière remplie de poupées françaises.

En effet, depuis la moitié du XIX° siècle on commença à fabriquer en France de magnifiques poupées à têtes en biscuit, qui représentaient un corps de femme et que l'on utilisait pour présenter des conceptions de la mode pour la haute bourgeoisie de l'époque.

Exceptionnelle collection
de poupées françaises ...


Ce lieu unique abrite des expositions temporaires sur des thèmes ou des auteurs en lien avec l'Art Nouveau et l'Art Déco (Dali, Picasso, Mucha, Gaudi,...).

Il héberge aussi des concerts, du théatre,...

Bref, une visite surprenante, passionnante, et pour le moins inattendue à Salamanque! 



mercredi 28 mars 2018

A Salamanque : l'Université Pontificale, une merveille!


La semaine dernière, nous étions à Salamanque (Salamanca), en Espagne, pour quelques jours de découvertes, et ce fut un véritable coup de coeur!

Salamanque est dénommée la "Ciudad Dorada", la Cité Dorée, grâce à ses édifices en grès, et on dirait vraiment que la ville se pare pour ses visiteurs d'un voile magique ocre-jaune!

Salamanque est la deuxième ville de la Communauté autonome de Castille-et-León, après Valladolid.


Castille-et-León

Salamanque est la perle culturelle de l'Espagne ; cette ville recèle un patrimoine culturel exceptionnel: ce n'est pas pour rien qu'elle est classée au Patrimoine Mondial de l'Humanité par l'Unesco!


La découverte de cette ville  fut pour nous une magnifique surprise, et un étonnement quotidien.

La fameuse Plaza Mayor
Salamanque abrite la plus ancienne Université d'Espagne (Fondée en 1218 par Alphonse IX), qui est, avec les Universités de Paris, de Bologne et d'Oxford, l'une des plus anciennes d'Europe : elle est jeune et dynamique, compte plus de 30000 étudiants, et on y rencontre nombre d'étudiants du monde entier, en particulier ceux qui y viennent dans le cadre du Programme Erasmus : voir ici.

J'y reviendrai.

Mais il y a à Salamanque une autre Université : l'Université Pontificale (Universidad Pontificia de Salamanca, Université catholique privée : ici).


Nous avons eu un peu de mal à nous y retrouver entre ces deux Universités, proches l'une de l'autre, d'autant plus qu'elle est abritée dans l'un des plus grands monuments de la ville.


Cette Université fut fondée tout d'abord en 1134 comme Ecole ecclésiastique de la Cathédrale de Salamanque.

Les Cathédrales de Salamanque,
ancienne et "moderne".
Le rang d'Université lui est concédé par Alphonse IX de León en 1219, au moment de la création de l'Université de Salamanque.

Alphonse IX de Leon

Après avoir cessé de fonctionner à la fin du XVIII°, elle fut (re)fondée dans sa structure actuelle en 1940 par le Pape Pie XII pour promouvoir des études de théologie et de droit canonique, études éliminées de l'enseignement des universités espagnoles à la fin du XIX° siècle.

J'en viens aux imposants bâtiments qui l'abritent : ce sont ceux de l'ancien Collège du Saint Esprit, dont la construction a commencé en 1617 et achevés 150 ans plus tard, soit 5700 m2 sur un terrain de 14000 m2!

Le cloître baroque de Garcia de Quinones

Ce Collège fut fondé par Philippe III et Marguerite d'Autriche-Styrie pour la formation des novices jésuites, qui allaient évangéliser jusqu'au bout du monde.

Autour de la cour,
se déroule la vie universitaire :
quel cadre!

Des piliers géants, des blasons,...
Le même cloître vu du clocher
Mais, Aïe, avant la fin des travaux, en 1767, la Pragmatique Sanction de Charle III (ici) bannit la Compagnie de Jésus d'Espagne!
Le bâtiment est alors divisé et cédé à des Ecoles Royales.


L'"Escalier Noble" et les "vitores", inscriptions
en l'honneur des anciens élèves devenus
évêques ou archevêques.
Lorsque Ferdinand VII, au XIX° siècle, rappelle la Compagnie de Jésus en Espagne, les jésuites  dirigent à nouveau leur séminaire dans les bâtiments de ce Collège, jusqu'à ce que l'Universidad Pontificia de Salamanca prenne la suite en 1940.

Le Grand Amphithéâtre 


Cette Université catholique actuellement offre bien d'autres cursus : psychologie, informatique, journalisme,...

Elle accueille 8500 étudiants, et offre 34 diplômes de licence, 24 diplômes de maîtrise et 11 programmes de doctorat.

La visite de l'Eglise monumentale de l'Université Pontificale (1617), de ses retables baroques et de ses deux clochers s'impose!

Retable baroque



Les cigognes ne nichent pas qu'en Alsace!
A noter que la couleur des pierres, ocre-jaune, donne aux bâtiments de Salamanque une luminosité magnifique, surtout au coucher du soleil, qui fait le charme de cette ville extraordinaire.



En se promenant dans les rues et ruelles de Salamanque, il est impossible de ne pas être emporté par une magie incroyable qui nous saisit immédiatement en plein coeur...

A suivre!