lundi 16 janvier 2017

Photographie : le clair-obscur de Brigitte Lustenberger


J'ai pu admirer en novembre 2016, à la Galerie de La Filature, à Mulhouse et dans le cadre de l'exposition collective STILL-LEBEN, des photographies de Brigitte Lustenberger.

Brigitte Lustenberger



J'ai tout de suite été saisi, touché par la qualité de ses clichés, en particulier par les natures mortes et les portraits, tous sur fond sombres, et où perce un certain mystère.


Brigitte Lustenberger a étudié à l'Université de Zurich et obtenu sa licence en histoire sociale et photographie en 1996.


Durant les années suivantes, elle s'est établie comme artiste visuelle.


Elle a ensuite déménagé à New-York et a reçu son MFA en Fine Art Photography & Related Media à Parsons The New School of Design en 2007.


Dans ses séries, l'artiste s'intéresse à l'étude du regard, aux interactions entre présence et absence dans l'image photographique, et au fait que l'observation d'une photo est la plupart du temps influencée par la mémoire collective.


Brigitte Lustenberger a exposé au niveau national et international dans des expositions personnelles et collectives.


Elle a exposé individuellement à New-York, à Lausanne, à Zurich, à Strasbourg, à Berne et à Bienne.

Son travail a été intégré à des expositions collectives à Berne, à Lucerne, à Cologne, à Milan et à Mulhouse.


Les photographies de Brigitte Lustenberger sont à la fois ancrées dans les pratiques artistiques contemporaines et en relation avec la peinture baroque.


La nature morte est aujourd'hui l'objet d'un regain d'intérêt et Brigitte Lustenberger revisite ce genre classique avec une touche personnelle qui ne laisse pas le spectateur indifférent : lumière naturelle, fond sombre, intérêt porté aux textures.


La profondeur de ses images nous invite à nous plonger dans une réflexion sur l'art et la vie.


Ses clichés suggèrent, plus qu'ils ne le montrent, une certaine vision de l'existence au moyen d'un subtil clair-obscur qui me rappelle Caravaggio...


J'ai apprécié et été touché par la qualité et l'originalité de son travail.

dimanche 15 janvier 2017

Flamenco à Mulhouse : Eduardo Guerrero : un talent d'exception!


Hier soir, toujours dans le cadre du Festival Vagamondes, à La Filature  (Scène Nationale) à Mulhouse, le spectacle de Flamenco était extraordinaire!


El callejòn de los pecados est la deuxième création du bailaor singulier (bailaor : danseur) Eduardo Guerrero, remarquée à la dernière Biennale d'art flamenco à Séville.


Natif de Cadix, ayant entrepris son parcours de danse dès l'âge de six ans, Eduardo Guerrero a peu à peu côtoyé  les figures majeures de la danse, du chant et de la guitare flamencos.


Initié par Carmen Guerrero, il se produit avec Maria-José Franco à l'âge de 20 ans à Flamenco en France, à Paris. Voir ici.


Très vite, il est appelé par Eva La Yerbabuena ou encore Rocio Molina pour intégrer leur troupe.

Il a ensuite engrangé les prix signalant son talent d'exception.


D'une plastique impressionnante, son corps décoche des dessins incroyablement anguleux, saccadés,  de ses membres tant supérieurs qu'inférieurs.


Sa Ruelle des péchés suggère une avancée dans la vie qui n'est pas que limpide...



Eduardo Guerrero : l'un des grands espoirs du renouveau d'un genre sans lequel le monde serait tellement plus terne!

Il évolue hors des courants convenus de la danse flamenco masculine d'aujourd'hui et frappe par sa verticalité à l'ancienne.
Il allie classicisme et audace, tout en mettant en valeur un côté baroque absolument étonnant.

Voir ici, Callejòn des los peccados, lors d'un Festival à Séville.


Sa première création, Las Minas, est un spectacle épuré autour des chants des mines et du Levant issus de la région de Carthagène.

Ce spectacle lui permet d'obtenir en 2013 le premier prix de danse Desplante du Festival international Las Minas, le plus ancien et l'un des plus prestigieux festivals de flamenco. (La "danse Desplante" implique un frappé très puissant).Voir ici.

Un talent d'exception qui a non seulement séduit mais enthousiasmé une salle comble, témoin la standing ovation et les rappels!


vendredi 13 janvier 2017

Au Festival des Cultures du Sud à Mulhouse : Strange Strings : magique!


Le Festival des Cultures du Sud, Vagamondes, se déroule du 10 au 21 janvier à La Filature (Scène Nationale) à Mulhouse.



 C'est un grand plaisir d'assister à quelques spectacles, qui sont toujours d'une très grande qualité.

Les spectateurs amateurs de musiques métisses ou métissées ne s'y trompent pas, et attendent cet évènement avec impatience.

La grande salle de La Filature était encore une fois bondée pour une soirée de musiques métissées exceptionnelle.

Deux groupes de deux musiciens étaient réunis pour la première fois sur la scène.

Tout d'abord Ballaké Sissoko (Kora) et Vincent Ségal (Violoncelle).

Depuis Chamber Music qui leur a valu une Victoire du Jazz en 2009, ils ne cessent de faire dialoguer leurs instruments à travers le monde.

Vincent Segal et Ballaké Sissoko

Le mariage de la kora malienne et du violoncelle a été salué par la critique musicale comme "l'une des des plus belles aventures nées du métissage entre l'Afrique et l'Occident".

Ecouter ici Ballaké Sissoko et Vincent Segal dans Chamber Music, et , à Arles en 2010.


C'est un peu le même genre d'aventure qui réunit le stambouliote Derya Türkan et le catalan Renaud Garcia-Fons.


Derya Türkan et Renaud Garcia-Fons

La kemençe du premier est un tout petit instrument classique turc à trois cordes, ici associé à la contrebasse à cinq cordes du second.

kemençe


Ecouter ici Derya Türkan et Renaud Garcia-Fons dans Silk Moon à Paris en 2014.

Réunir ces deux duos hors pair a constitué incontestablement une évènement musical de premier ordre pour ce concert qu'ils ont choisi d'appeler Strange Strings.

D'étranges cordes aux sonorités résolument enthousiasmantes et fraternelles!

samedi 31 décembre 2016

Comédie musicale : 42nd Street : éblouissant!


Mardi 27 décembre nous avons assisté avec un grand bonheur, au Théâtre du Châtelet à Paris, à l'éblouissante comédie musicale 42nd Street : un spectacle pétillant, émouvant, rechargeant les spectateurs d'une joie communicative!

Nous avons passé un moment magique avec cette oeuvre pleine de charme.


42nd Street raconte la préparation d'un spectacle qui se déroule peu après la crise financière de 1929.
En 1933, à New York, le milieu du spectacle a été durement touché par la dépression et un metteur en scène, Julian Marsh espère retrouver une place éminente à Broadway grâce à sa nouvelle comédie musicale Pretty Lady.


Ce producteur mise tout sur ce nouveau show, mais la vedette féminine se blesse lors d'une répétition.
Le spectacle sera sauvé grâce au talent d'une jeune choriste de la troupe, Peggy Sawyer...

Sur cette intrigue se greffent des numéros chantés et dansés tout à fait éblouissants, accompagnés de scènes de claquettes à couper le souffle!


Le Théâtre du Châtelet nous a offert un feu d'artifice exceptionnel avant sa fermeture pour 30 mois de travaux et le départ de Jean-Luc Choplin.

Le Châtelet n'a pas lésiné sur les moyens mis en oeuvre pour inoculer aux spectateurs une décharge durable de bonheur.


42nd Street est une déclaration d'amour à Broadway, son élégance, sa déraison, ses crises de nerfs et ses miracles.

Ce magnifique spectacle est un hommage au chant, à la danse, et, bien entendu, aux claquettes!


Il s'agit là d'une version révisée de 2001, avec une mise en scène et une chorégraphie de Stephen Mear. La direction musicale était assurée par Gareth Valentine, les décors et costumes par Peter McKintosh et les lumières par Chris Davey : le tout pour concourir à une comédie musicale totalement maitrisée.

Les interprètes principaux :
Julian Marsh : Alexander Hanson; Dorothy Brock : Ria Jones; Peggy Sawyer : Monique Young; Billy Lawlord : Dan Burton...

Monique Young, interprète de Peggy Sawyer, l'héroïne du show

Les décors rutilants, les costumes à paillettes, les numéros de claquettes virtuoses ont fait de cette ultime incursion du Châtelet sur les terres de Broadway, un extraordinaire feu d'artifice!

Voir ici la bande annonce du spectacle.


vendredi 16 décembre 2016

Opéra : L'Amour de Loin : intéressé mais pas touché



Nous sommes allés voir samedi 10 décembre l'Opéra "L'Amour de Loin", retransmis en live depuis le Met à New-York.


C'était autant pour découvrir une nouvelle mise en scène de Robert Lepage, qui nous avait tellement subjugué en octobre 2010 avec l'Or du Rhin, que pour découvrir l'oeuvre de la compositrice finlandaise Kaija Saariaho, ainsi que le livret  d'Amin Maalouf

Le Prince de Blaye, Jaufré Rudel, est las des plaisirs qu'offre la vie aux personnages de son rang. Il désire vivre un amour différent, auquel il s'était interdit de croire.
Ses amis le rejettent, lui expliquant que la femme qu'il imagine n'existe pas...
Mais un pèlerin, arrivé d'un pays lointain, lui assure qu'une telle femme existe et qu'il l'a rencontrée.
A partir de cet instant, toutes les pensées de Jaufré vont à cette femme...

Kaija Saariaho


Robert Lepage
J'ai donc été intéressé à plusieurs titres par cet opéra contemporain, mais jamais touché.

La mise en scène repose sur un ensemble de câbles lumineux qui changent de couleur en permanence et évoquent les mouvements de la mer.

Quelques pirogues et une curieuse passerelle fort peu poétique circulant sur des rails complètent l'ensemble.


La création musicale était accessible, bien interprétée sous la direction de Susanna Mälkki.

Le livret d'Amin Maalouf m'a par contre déçu de par  une certaine superficialité dans l'expression des sentiments des deux partenaires, mais je serais curieux de lire son livre :


Eric Owens m'a également déçu, dans le rôle du troubadour Jaufré, n'ayant pas le physique de l'emploi, et sa voix chaude et puissante n'étant pas, à mon goût, appropriée pour ce rôle.


Eric Owens (ici) avait été pour moi une révélation dans le rôle d'Alberich, dans l' Or du Rhin avec l'extraordinaire mise en scène de Robert Lepage en oct 2010 (), rôle qui lui allait comme un gant.

J'ai bien aimé par contre l'interprétation du rôle de Clémence par Susanna Phillips.
Je l'avais appréciée dans Cosi fan tutte en 2014 : ici.

Susanna Phillips et Eric Owens
Mais c'est surtout l'interprétation du Pèlerin par la mezzo-soprano américaine Tamara Mumford et ses superbes modulations vocales, qui a dominé l'ensemble de cet opéra.

Le Pèlerin (Tamara Mumford)
Tamara Mumford
En résumé :  une certaine curiosité de ma part, pas vraiment d'ennui (mais tout juste!) et je n'ai été touché, ni par la mise en scène, ni par l'ensemble de l'oeuvre...

Je partage donc dans l'ensemble le point de vue de JCMemo (ici) et comme lui, j'avais beaucoup plus apprécié une autre oeuvre contemporaine :  La Tempête de Thomas Ades (ici).

jeudi 8 décembre 2016

Birkenfels, en Alsace : le château d'un vassal qui voulait copier les nobles


Lors d'une randonnée en Alsace, dans le Bas-Rhin, qui nous a mené du côté d' Obernai (ici), vers la commune d'Ottrott et le Mont St Odile, nous avons découvert un nouveau château, classé Monument Historique depuis 1984 : le Château du Birkenfels, situé à 683m d'altitude.

Le Donjon du Birkenfels

L'Alsace regorge en effet de dizaines de ruines de châteaux en plus ou moins bon état, qui témoignent d'une histoire mouvementée et de la volonté de puissance de princes, de nobles et d'évêques... et même de leurs vassaux.

Le Château du Birkenfels témoigne, en effet, des ambitions de Burkhard Beger, Schatzmeister (Trésorier ou ministériel, ou chevalier-serf, en tout cas un vassal) de l'évêque de Strasbourg.

Nous avons ici le cas exceptionnel d'un château résidentiel qui n'a aucun caractère stratégique.


La famille Beger souhaitait ainsi matérialiser ses rêves de grandeur en copiant les constructions des princes et des nobles auxquels ils rêvaient d'appartenir.


L'évêque de Strasbourg s'était emparé illégalement du domaine d'Obernai et avait poussé deux familles vassales, les Beger et les Kagen, à y construire deux châteaux dans la forêt.

Le Birkenfels a ainsi été construit vers 1260 par les Beger sur le domaine d'Obernai, une terre impériale sur laquelle ni les Beger, ni l'évêque de Strasbourg n'avaient de droits...



Par ailleurs, la famille des Kagen construisit  dans le même massif forestier, à partir de 1262 le petit Château du Kagenfels : voir ici.

Le Château du Kagenfels

Cette appropriation eut lieu pendant la période d'affaiblissement de la puissance impériale, appelée le Grand Interrègne, période entre 1250 et 1273, durant laquelle le Trône Impérial du Saint Empire Romain Germanique était vacant, résultat de la lutte victorieuse de la Papauté contre la dynastie des Hohenstaufen...

Entrée du Birkenfels


Rodolphe de Habsbourg fut finalement élu Empereur en 1273, avec l'aval du Pape Grégoire X, ce qui mit fin au Grand Interrègne, .

La première mention de ce Château du Birkenfels date de 1289 quand Rodolphe de Habsbourg  décida de régulariser cette occupation illégale du terrain contre un loyer annuel ... d'une livre de cire payable à la chapelle de la Vierge d'Obernai...

Gisant de Rodolphe de Habsbourg dans
la Cathédrale de Speyer (Spire)

Le château fut incendié au XIV° siècle, restauré au XV° siècle.
Il appartint aux Beger jusqu'en 1532.

Il tomba en ruines après la Guerre de Trente ans qui a déchiré l'Europe de 1618 à 1648 : voir ici.

La Guerre de Trente ans
vue par Jacques Callot
La ruine, qui appartient désormais à la ville d' Obernai, et que nous avons pu visiter est 'relativement' bien entretenue.

Obernai

En effet, de nombreux chantiers de travail et d'importantes opérations de restauration ont été entrepris sur les murs et le donjon de l'édifice, par l'Association pour la Conservation et la Rénovation du Château du Birkenfels depuis 1983.